Petit exercice d’hygiène mentale : il faut

A chaque fois que je pense ou que je dis à voix haute « il faut », une alarme se déclenche dans mon esprit.
Pourquoi mettre une alarme sur cette expression banale, que nous prononçons bien souvent ? Eh bien, parce que derrière ces deux petits mots, se cachent bien d’autres pensées et conditionnements. Les utiliser comme détecteur est un excellent moyen de réfléchir sur soi-même, et sur ses motivations.

Comment cela fonctionne-t-il ? L’enjeu est de mettre de la conscience sur ce qui serait sans cela une pensée automatique, dénuée de réflexion.

Voici petit schéma simplifié pour les plus visuel•le•s d’entre nous !

Infographie Il faut
Process mental quand je pense “il faut”

L’important de cet exercice est de bien identifier la motivation qui est derrière ce « il faut ». Le remplacer par « j’ai envie de… » est un bon exercice. Cela permet déjà de bien mettre en lumière la différence entre un désir et un besoin. Le « il faut » entretient une certaine confusion entre les deux.

Un besoin est quelque chose de vital, de nécessaire. L’exemple classique des besoins est la pyramide de Maslow. Nous avons besoin d’air pour respirer, d’eau, de nourriture mais également de contacts sociaux et de bien d’autres choses. Par contre le wifi n’est pas, à priori, indispensable à la survie ! 

Les désirs, ou envies, sont également importants mais leur non satisfaction ne nous met pas en danger immédiat.  La frontière est parfois étroite et la publicité excelle à faire passer nos désirs pour des besoins ! Il vous faut absolument une nouvelle voiture, n’est-ce pas ?

Voici des exemples pour illustrer mon propos :

« Il faut que je fume une cigarette. » : c’est un exemple ambigu puisqu’il y a plusieurs façon de voir les choses. Je peux me dire « j’ai envie de fumer une cigarette ; j’ai bien conscience que c’est mauvais pour ma santé, mais ce sera agréable, et j’accepte de prendre ce risque en conscience.».

Mais vous pouvez également réaliser que finalement, vous avez la pulsion uniquement par habitude, peut-être que c’est la fin du repas, et qu’en réalité vous pouvez très bien vous en passer, et continuer la conversation passionnante que vous étiez en train d’avoir.

Ou encore réaliser que vous êtes saisis par le manque de nicotine, que ce manque est en train de vous rendre très nerveuse ou nerveux, et à terme vous allez être désagréable. Vous décidez donc de nourrir votre dépendance maintenant, plutôt que d’attendre.

« Il faut que je fasse mon ménage. » : peut-être que vous adorez faire le ménage et dans ce cas-là la réponse est simple, allez-y ! Mais peut-être que vous n’avez pas spécialement envie de le faire et il devient intéressant de creuser cette injonction.

Il est possible que votre logement soit effectivement très sale, et que cela pose un problème d’hygiène : haut les cœurs et en avant pour un grand ménage !

Peut-être que votre moral n’est pas au beau fixe, et que vous savez qu’un logement propre et rangé va vous faire du bien.

Mais il est également possible que vous fassiez le ménage tous les dimanche après-midi, uniquement par habitude, et qu’aujourd’hui, en réalité, ce n’est pas strictement  nécessaire. Ou encore que vous attendez des invités et que vous ne voulez pas qu’ils vous jugent négativement. Dans ce cas, vous pouvez soit assumer d’être gêné•e• et nettoyer, soit au contraire faire confiance à vos amis pour ne pas vous juger, ou prêter autant d’attention que vous au rangement, et remettre à plus tard.

« Il faut que je révise mon examen. » : vous n’avez probablement pas envie de le faire, la question ici est de mesurer les conséquences de ne pas le faire maintenant. Si l’examen est demain matin et que vous n’avez pas un niveau de maîtrise suffisant du sujet, c’est probablement utile de vous y mettre ! Mais il est possible que ce « il faut » ne soit que l’expression de votre peur d’échouer, ou de votre manque de confiance en vous-même.

Peut-être que, dans cet instant, vous n’êtes pas concentré•e• et disponible pour apprendre, et qu’il sera bien plus productif d’aller vous promener ou de faire autre chose avant de vous y remettre.

Dans tous ces cas, il n’y a pas de réponse fixe, valable dans tous les cas. Le plus important est de mettre de la conscience sur vos choix. Je me dis souvent : « si je ne le fais pas, est-ce que je vais aller en prison ? » et cela m’aide à relativiser l’importance des choses. Il est souvent plus productif de remettre consciemment à plus tard, plutôt que de perdre du temps à procrastiner, pour culpabiliser ensuite.

La procrastination reste un point de vigilance bien entendu. Cet exercice d’hygiène mentale n’a pas vocation à fournir une justification intellectuelle pour tout remettre à plus tard systématiquement ! De toutes façons, cet exercice se fait entre vous et vous, donc vous ne pourrez tromper que vous-même !

Une autre question que je me pose est : qui est le « il » dans la phrase « il faut » ? Pour qui est-ce que je veux faire cette action ? Est-ce que c’est pour ma famille, pour me conformer au regard des autres, ou est-ce que je le fais pour moi ? Là encore il n’y a pas de réponse unique. Il peut être souhaitable de faire quelque chose pour les autres, même si cela me coûte de l’énergie. Par exemple, je n’ai peut-être pas envie de téléphoner à ma grand-mère, mais je sais que cela va lui faire plaisir, que l’effort n’est pas si grand, et qu’au final j’aurais la satisfaction d’avoir fait une bonne action.

Encore une fois la question n’est pas tant que faire ou de ne pas faire, mais de mettre de la conscience sur ses choix. Car sans conscience, il n’y a pas de liberté. Notre inconscient pilote nombre de nos décisions et de nos choix, et ce n’est pas toujours une mauvaise chose. En augmentant le champ de nos décisions conscientes, nous élargissons notre capacité à choisir et non plus simplement à réagir à des conditionnements ou des injonctions, qui ne nous appartiennent pas toujours.

Vous avez toujours procédé d’une certaine façon, mais est-ce toujours adapté à la situation actuelle ? Peut-être reproduisez vous des schémas parentaux qui ne vous conviennent pas ?

Nous entrons ici dans le domaine de la psychologie et il est préférable d’être accompagné d’un ou une professionnel•le•. Le petit exercice que je vous propose n’est bien entendu pas une thérapie, mais pour l’utiliser au quotidien, je peux vous assurer qu’il est déjà très puissant et utile… pour moi en tous cas !

Crédit : Je dois cet exercice à Fabienne (full disclosure : c’est mon épouse !) qui l’utilise avec son fils, vous pouvez visiter son site Joyfull ! ou explorer ce site pour voir tout ce que l’improvisation peut faire pour vous !

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